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ìm "-^"^k^^;^^^ *^

ELIJAH CLARENCE HILLS 1867-1932 r

EujAM Clakcpîci HlLU W3U, irom 1931 till hîs death, firrt a. Prof essor of

Spanish and thcn Proícísor of Ronnance Philûlogy at thc University of CaliTornii. A Eiative of lUinoia, rearcd in Floridai hc graduaceti from Cor- nctl m 1891 and studted m Paris; he was luccessîvely professer in KolUns CoUcgCp LD Colorado Collcgc» librari^n of ihe Hinp^nk Society of Aitierica, and head for romance laagi^ages ae lodiana Uoiv'ersity. For his distio- gui&hed achi^emenls in Spanish philology, hc waî madé Knight Com- mander of ibe Royal Order of Queco l&abcl.

In Profcssor Hills wcre combined vase and précise learniog wjth eattraof- dinary humanity. Though a grammarian and philologist, tm teaching împtied die great world. He had a ulent ibr írìend^hip: capable of the icci usions of the scholar and cdkor and born to an inviolable po-sonul dig- nityt he possesscd al 50 an uocofnfnoa social char m which cxercised ïtséf in wjdcoing circî<3. His charity showcd ^s kmdliness, déférence, tolér- ance» tbe shahng of thc possessions his long labors had accumitlatcd. Ht wait 4 Wisc colleetor of books» and specialixad in Sp^nisii lexicons, Mri^ HUls prcacnted to the Unîvcrsity of CâbÎornU bis collection of books, ùUc of whlch if hcf e inscribcd 10 his mcmory*

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MIRÈIO

POÈME PROVENÇAL

DK

FRÉDÉRIC MISTRAL.

ÉDITION PUBLIÉE POUR LES COURS UNIVERSITAIRES

BDUARD KOSCHWITZ

AVEC UN GLOSSAIRE

PAR

OSKAR HBNNICKB

ET LK PORTRAIT DU POÈTK.

MARBURG

N. G. ELWERT, LIURAIRE-ÉDITEUR

Librairie Haar & Steinert

LIVRES A. EICHLER Succ^ revues

*' 2i (ANaENNEMENT 9), pue Jacob, ^^

CARTES à PARIS JOURNAUX

1900.

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HILLS

"

•• ** ••

Imprimurie O. Otto. I>»rmstadi.

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PRÉFACE.

Après la publioation de ma Grammaire de la langue des fHibres (en 1894), des amis du Félibrige me demandèrent soit une anthologie ou un manuel, soit Tédition d'un ouvrage née - provençal préparé pour Pusage des personnes qui désirent s'initier sérieusement à la lecture de la littéra- ture félibréenne. En effet, cette littérature manquait entière- ment d'un livre de lectures publié dans ce but. Les Fleurs filibresques de M. Hennion (Paris 1883),* les Flour de Prou- vènço de M. Delille (Montpellier 1885) et les nombreuses éditions d'auteurs provençaux, avec traductions françaises en regard, ne s^adressaient qu'au grand public français et ne cherchaient qu'à faciliter l'accès du contenu des œuvres mé- ridionales, sans exiger une étude tant soit peu appro- fondie de la langue des auteurs. Ne pouvant nier l'utilité ou la nécessité de la proposition qu'on me faisait, je lui ai donné suite et, dans cette intention, j'ai demandé à M. Mistral de vouloir bien m'autoriser à publier une édition classique de sa Mirèio^ chef d'œuvre par excellence de la nouvelle littéra- ture, et pour cela le plus digne de servir d'introduction à toute étude félibréenne. M. Mistral a eu la bonté non seule- ment d'acquiescer à mon désir, mais encore de me prêter son concours pendant la préparation de cette édition. C'est avec un véritable plaisir que je lui en exprime mes remercie- ments.

Une édition faite pour le public auquel nous pensons, demandait une Introduction littéraire, un Texte des plus

8^4902

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IVA PUÉFACE.

corrects, des Notes explicatives et un Glossaire étymo- logique. Dans V Introduction^ il fallait donner une histoire sommaire du Félibrige, inséparable de notre auteUr, une biographie de M. Mistral et quelques réflexions sur son œuvre, spécialement sur Mirèio, Malheureusement il est im- possible de bien connaître et de bien étudier les évolutions de la Renaissance littéraire du Midi français sans être félibre actif et sans habiter le pays du Félibrige. Une grande partie de cette littérature est entièrement inaccessible aux profanes et aux étrangers. Je n'avais donc que le choix ou de ré- péter à peu près ce que j'avais dit dans mon étude Veber die provençalischen Feliber und ihre Vorgânger (Berlin 1894) ou de faire un emprunt à plus savant que moi en matière félibréenne. Reconnaissant l'impossibilité de donner, en si peu d'espace, une histoire du Félibrige aussi exacte, aussi neuve, aussi bourrée de faits que celle publiée par M. Mariéton chancelier du Félibrige et auteur du classique «journal de route ^ La Terre provençale dans la Grande Encyclopédie s. v. Félibrige^ j'ai préféré ce dernier procédé, et je me suis adressé à l'auteur pour lui demander la permission de me servir de son article pour notre Introduction. M. Mariéton, qui le ré- imprime lui-même en ce moment, avec notes additionnelles, dans son Précis de Vhistoire des félibres (3* chap. de sa Provence Nouvelle [1550—1900]), m'a gracieusement accordé toutes les autorisations voulues, et ainsi on trouvera p. i— xx de notre Introduction à quelques petites omissions et ad- ditions près une reproduction textuelle de cet article d'En- cyclopédie, qui par l'exactitude de son information, par la justesse de ses appréciations et par son grand nombre de faits accumulés, était tout prédestiné pour le nouvel emploi que nous lui avons trouvé.

Cet emprunt réussi m'a encouragé à en essayer un second. Mistral a trouvé dans M. (i. Paris, Revue de Paris^ 1894, I, 478 ss. et II, 58 ss. (réimpression dans les Penseurs et Poètes du même auteur, Paris 1896) un biographe et un juge littéraire d'une telle compétence, d'une telle pénétration

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PRÉFACE. VA

et d'une telle puissance de style, qu'il me semble impossible de mieux présenter et de mieux apprécier notre auteur et son œuvre. On ne saurait surpasser M. Paris que par l'ad- dition de détails et par l'entreprise de recherches minutieuses il s'est contenté de donner, de main de maître, des vues d'ensemble. Une pareille amplification de l'étude de M. G. Paris ne serait pas entrée dans le cadre de notre Intro- duction où, au contraire, il fallait se borner à répéter une partie seulement de ce que M. Paris avait si brillamment dé- veloppé. Dans ces conditions, il m'a paru plus simple de donner, au lieu d'un aperçu plus ou moins original, un extrait de cette excellente étude, et M. G. Paris, informé de mon intention, n'a pas été moins bienveillant pour moi que M. Mariéton, et a bien voulu servir aussi pour sa part (Introd. p. XXII— xxx) comme introducteur au charmant ouvrage dont nous publions une édition scolaire.

11 ne me restait qu'à dire, à la fin de l'Introduction (p. XXX XLiii), quelques mots de Mirèio même. Je l'ai fait, non sans marcher, ici encore, sur les brisées de M. G. Paris. Espérons que les trois parties qui forment l'ensemble de notre Introduction ne jureront pas trop par la disparité de leur pro- venance, et que les raccords que j'ai faire, ne montreront pas trop de saillie!

Le Texte de notre édition a subi une revision plus sé- vère que nous ne l'avons dit p. XL et suiv. de l'Introduction. L'orthographe a été réglée sur l'orthographe officielle des félibres, celle suivie dans le Trésor; les concessions faites à Tœil, dans les rimes des éditions antérieures, ont été sup- primées; enfin la ponctuation a été soumise à une correction soigneuse.

Quant aux Notes^ le chemin était tracé par l'auteur lui- même, n ne s'agissait pas de prendre notre poème pour pré- texte à toutes sortes d'excursions ethnologiques, hagiographiques, historiques, botaniques, linguistiques etc. etc., mais d'expliquer uniquement ce qui demandait réellement un bref commentaire pour des lecteurs qui, n'habitant pas la Provence, n'en con-

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vu PRÉFACE.

naissent pas assez la topographie, les mœurs et les croyances pour pouvoir comprendre immédiatement toutes les allusions de Fauteur. Nous avons gardé, autant que possible, les notes que M. Mistral avait jugées nécessaires lui-même. Nous en avons rejeté, d'ailleurs, une partie dans le Glossaire quand elles y trouvaient plus naturellement leur place. Nous avons emprunté d'autres notes au Trésor du Félibrige l'on trouve de nom- breuses explications, insérées par l'auteur avec l'intention manifeste de faciliter aux chercheurs l'entendement de son œuvre et de l'œuvre de ses compagnons* d'idées. Souvent aussi nous avons recouru directement au poète qui n'a jamais manqué de répondre à nos questions et d'éclaircir nos doutes. Enfin nous avons puisé, pour les notes, dans la littérature félibréenne, dans la thèse utile de M. Maass sur les croyances populaires mentionnées dans le poème, dans toutes sortes de manuels, et dans nos souvenirs personnels. Il m'a paru inutile d'in- diquer en détail toutes ces sources. On reconnaîtra fa- cilement ce qui est directement ou indirectement à l'au- teur de Mirèio, Dès qu'il s'agit de véritables citations ou d'opinions dont nous déclinons la responsabilité, nous n'avons pas manqué d'indiquer exactement les auteurs utilisés.

Le Glossaire est l'œuvre de M. Ilennicke. Une heureuse chance me fit faire sa connaissance au moment même j'allais commencer l'élaboration de cette partie importante de notre édition. M. Hennicke avait composé, pour son usage personnel, un glossaire de Mirèio (et un glossaire de la Grammaire de la langue des filibres) ; il ne fallait qu'ajouter des ctymologies et les autres indications qu'on a l'habitude de trouver dans les glossaires de textes romans. Sur ma proposition, M. Hennicke a bien voulu prendre sur lui cette charge, et on verra facilement qu'il s'en est consciencieuse- ment acquitté. On ne pourra qu'approuver qu'il n'ait pas entrepris de trouver des radicaux aussi à ces mots, pour lesquels l'état actuel de notre science n'aurait permis que des conjectures plus ou moins hasardées.

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FRÉFACiC. Vil A

D'après ce que nous veDons de dire, notre édition est, dans toutes ses parties, une œuvre de collaboration, et je n'en suis pour ainsi dire que le rédacteur en chef. C'est probable- ment la meilleure méthode, quand il s'agit d'éditer l'ouvrage d'un auteur vivant: un travail trop personnel de l'éditeur ou du commentateur aurait été indiscret. Quoi qu'il en soit, nous serons heureux, si notre édition de Mirèio contribue à lui gagner de nouveaux lecteurs et à la faire passer parmi les standard-Works^ dont l'interprétation paraît indispensable à tout professeur de philologie romane qui tient à consacrer au Midi de la France la part de l'attention qui lui est due.

Koschwite.

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INTRODUCTION.

Au moyen âge, la littérature provençale était florissante jusqu'à l'époque la néfaste guerre contre les Albigeois mit fin à l'indépendance et à la civilisation propre du Midi de la France. Les chevaliers du pays d'oc, humiliés et appauvris, n'étaient plus disposés à se donner à des occupations trouba- douresques qui demandaient du loisir et l'aisance; le clergé rigoureusement surveillé devait abandonner, pour des besoins et des travaux plus urgents, la culture de la poésie et de la prose dévote et scientifique. Les vainqueurs importaient avec leurs mœurs et leurs idées aussi leur langue, et l'ancienne langue des troubadours, qui, dans l'idiome limousin, avait ac- quis une sorte d'unité, abandonnée de la faveur officielle, commença de déchoir et de se désunir. Entraînée dans le courant de la littérature triomphante, que la restauration toulousaine du xiv* siècle ne parvint pas à détourner, elle perdit, reléguée dans le peuple, jusqu'à son orthographe naturelle, avant de tomber au rang des patois. Cependant, le provençal n'a jamais entièrement cessé d'avoir des inter- prètes, et nous le trouvons très vivant toujours, sous sa trans- formation récente, en 1539, quand François I*' en interdit l'usage dans les actes publics. C'est même alors que se manifesta un premier réveil des lettres provençales. Le 6rassoÌ8.La Bellaudière (1532—88), un Marot provençal, dont l'œuvre posthume fut publiée par son émule et ami PieiTe Paul, manqua de provoquer à Marseille une première renais- sance, en 1595. Vers le même temps, Augié Gaillard, le fameux charron de Rabastens, avait réveillé facétieusement

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If Introduction.

les Muses d^ÂquitaÌDe, auxquelles la reDommée française de Du Bartas, qui rima aussi de nobles strophes gasconnes, rendait la considération. Au siècle suivant, Pierre Goudelin, de Toulouse (1579 1649), un lyrique du plus haut vol, s'élevait jusqu'à la gloire. En Provence, le noëlliste Saboly gagnait une popularité qui ne Ta pas quitté après deux siècles. Sous Louis XV, le Languedoc tout entier riait avec le joyeux prieur de Celleneuve, Tabbé Favre, et le Béarn souriait aux grâces des idylliques chansons de Despourrins. Ainsi les idiomes méridionaux n'avaient jamais manqué d'interprètes. Mais leurs poètes et leurs conteurs, souvent inconnus l'un à l'autre, s'étaient transmis le flambeau, sans s'inquiéter d'où venait la lumière. Ce n'est qu'aux premières années de notre siècle qu'on vit poindre, parmi les écrivains de langue d'oc, le souci de la dignité, sinon encore du relèvement de leur instrument littéraire. Scientifique chez les uns, apostolique chez les autres, ce sentiment devait aboutir à la réhabilitation définitive des lettres méridionales. C'est en Languedoc qu'il se traduisit le plus généralement sous la forme de l'esprit critique. La plupart des écrivains notables de cette région ont laissé des recherches philologiques ou le glossaire de. leur parler, tels, au premier rang, Pabre d'Olivet (1767—1825), penseur original, polygraphe, qui eut des parties de lyrique puissant, et le marquis de Lafare-Alais (1791 1846), le savoureux et pittoresque descripteur des Castagnados de son pays natal; puis Tanacréontique Âubanel, de Nîmes, l'érudit Moquin-Tandon et Jacques Azaïs, le jovial et verveux biter- rois. Leurs renommées modestes furent éclipsées par la gloire de l'Agenais Jacques Jasmin (1798 1864), à qui n'a manqué qu'un peu de culture, sous son émotion géniale, pour devenir classique.

De l'autre côté du Rhône, dans le premier tiers de ce siècle, on était moins soucieux d'érudition. Comme les anciens troubadours, les Provençaux ne chantaient guère que pour chanter. Depuis Toussaint Gros, leur meilleur poète du xviii® siècle, toute une floraison d'insouciants troubaïres, comme

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Introdoctio». m

ils se nommaient, s'épanouissait de la Drôme à la mer de Nice. L'Avignonais Hyacinthe Morel, le Niçois Rancher, TArlésien M. de Truchet, le Marseillais Bellot, l'Aixois Diou- loufet, TAptésien Seymard, le Beaucairois Pierre Bonnet, popuiedres à divers titres, mais poètes sans profondeur, faci- litaient la germination d'une littérature facile et obstinément patoise. Trois Marseillais, Chailan, le poète du Gangui; Bénédit, l'auteur de Chichois, l'historien topique des Nèrvi, et le lyrique réaliste Gelu, qui avec le Bordelais Verdie (1779 1820) et le Nîmois Bigot (1829 97) méritent une place à part, gardaient leurs muses pittoresques de toutes prétentions à l'art littéraire et à la dignité de la langue. Mais du grand nombre des rimeurs comme de la sociabilité de la race, de- vaient surgir les premières tentatives de groupement des écri- vains provençaux, qui, plus que les restitutions savantes des Languedociens, provoqueraient l'éclosion d'une renaissance littéraire. Déjà en 1823 les frères Achard, de Marseille, et sept autres «troubaïres» avaient donné un recueil collectif de leurs vers. Il convient d'ajouter qu'en 1839 la Société archéologique de Béziers, présidée par J. Azaïs, avait ouvert ses concours aux compositions de langue d'oc, la première entre toutes ces académies méridionales fondées pour l'en- couragement exclusif du français. Cette même année, deux rimeurs en vogue, Pierre Bellot (1788 1855), qui régnait sans conteste sur le Parnasse patois, et l'abondant Tarasconais Désanat (1796 1873), convenaient de publier un journal populaire. Celui-là le voulait bilingue, celui-ci uniquement provençal. Il en parut deux: Loti Tambourinaire et le Ménestrel (1841 42), de Bellot et Louis Mery (pour le français), Lou Bouil' Abaissa, de Désanat (1841—42, 1844—46). La plupart des écrivains patois d'alors et les premiers félibres collaborèrent à ces deux journaux. Une impulsion était don- née qui permettait de pressentir un mouvement d'ensemble. Parmi ceux qui faisaient œuvre d'art dans ce concert touffu et discordant, les sympathies des mieux doués allaient à un modeste fabuliste, interprète savoureux de La Fontaine, le

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IV Introduction.

D' Léon d'Astros, frère du cardinal. Il fut choisi pour présider les deux premières assemblées des poètes de langue d'oc.

Le 29 août 1852, un «Congrès des troubadours pro- vençaux» se réunit à Arles. Il était à l'autorité naissante de Joseph Roumanille, de Saint-Remy, très estimé déjà pour deux petits livres de poésie, Li Margarideto (Les Pâquerettes ; 1847), et Li Soufijarello (Les Songeuses; 1851), d'un atticisme suave inconnu jusque-là dans sa langue, et plus encore pour des pamphlets politiques du plus sain réalisme indigène (LiClube, Li Capelan^ Li Partejaïre, etc.). Comme pour préparer cette réunion de chanteurs, il venait de publier, avec le concours de deux jeunes amis, Frédéric Mistral et Anselme Mathieu, les premiers confidents de ses projets, un recueil collectif des poètes vivants du Midi, Li Prouvençalo (Les Provençales ; 1 852). Depuis près de deux ans, il avait battu le rappel des traditions artistiques de la langue natale, et groupé ses meilleurs interprètes dans un journal d'Avignon, la Cofnmune. Et ce volume, lancé mainte- nant avec un instructif avant-propos de l'érudit Saint-René Taillandier, attirait l'attention de la critique sur cette résur- rection inattendue. Pierre Bellot et Jasmin n'avaient mérité les éloges de Nodier, de Villemain, de Sainte-Beuve, qu'à titre d'accidents isolés de la perpétuation de leur idiome. C'était un commencement de littérature qui surgissait. Car, moins qu'à rallier à eux tous leurs frères, ce premier essai avait permis à Roumanille et à son groupe de rassembler les élé- ments d'une restauration linguistique et orthographique, base du relèvement qu'ils rêvaient pour le provençal. Le double succès d'un tel recueil affranchi des grossièretés d'expression et d'écriture piétinaient jusque-là les écrivains «patois», et de l'assemblée d'Arles qu'il avait provoquée, suscita un 2* congrès des écrivains méridionaux. Il se réunit à Aix (1853), 80U8 l'initiative de J.-B. Qaut, auxiliaire de Rou- manille pour le premier, poète et journaliste, réformateur lui aussi, mais dans une mesure qui le reléguait encore à la suite de Bellot parmi les troubaïres. Le succès fut grand:

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Introduction. v

65 chanteurs assistèrent au congrès d'Aix, et un recueil col- lectif, Lou Boumavàgi deis Troubaïres, le suivit (1854).

Cependant, le groupe avignonais dont Roumanille et Mistral étaient Tame poursuivait ses réformes et se constituait en école littéraire pour en assurer l'avenir. Le 21 mai 1854, sept poètes provençaux, assemblés au castelet de Font-Ségugne (Vaucluse) sous le nom de félibres qu'ils s'étaient donné, résolurent solennellement de restaurer l'édifice de leur parler national. Les sept fondateurs du Pélibrîge appartiennent dé- sormais à la légende. C'étaient Joseph Roumanille (1818-91), Paul aiera (1816—61), Jean Brunet (1822—94), Alphonse Tavan (né en 1838), Anselme Mathieu (1828—95), Théodore Aubanel (1829-86) et Frédéric Mistral (né en 1830). Leur premier soin fut de décréter la publication d'un almanach de langue vulgaire, qui devait répandre au loin la bonne nouvelle avec de beaux vers et de jolis contes, et la bonne semence d'un idiome désormais fixe, dans les couches natives du peuple qui le maintenait. IjArmana prouvençau pèr lou bel an de Dieu 1855 inaugura cette aimable encyclopédie familière qui eompte aujourd'hui 46 volumes. Les tendances apostoliques et éducatrices de ce petit livre du peuple sont très sensibles dans les premières années. IjArmana de Noël est comme un évangile de la Provence chrétienne, messager de son patriotisme ressuscité. Les contes joyeux de Roumanille, profonds et sains croquis de mœurs, ont fait sa première popularité. Avec lui, avec les Sept de Font-Ségugne, d'autres eonteurs, d'autres poètes, Castil-Blaze, Gaut, Bourrelly, Chalvet, Crousillat, Reboul, Adolphe Dumas, Aug. Boudin, le D*" Pousse!, amis et un peu précurseurs des félibres, de nouveaux venus, M™* d'Arbaud, Bonaventure Laurens, Autheman, Thouron, Legré, Ch. Poney, Martelly, et, du Languedoc provençal, Oabriel Azaïs, Roumieux, Floret, Canonge, Gaidan, exaltaient par leur enthousiasme le goût des choses du foyer, l'amour de la Provence. Mais Mistral, mieux que tout autre, avait «ompris la tâche assumée par le Félibrige. Tandis que la plupart se contentaient de chanter, il commençait à dire dans

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VI Imtroduction.

YArmana tout ce que doit savoir un Provençal. Il entendait déjà son rôle de chef d'un peuple. De grands traits d'histoire, des leçons élémentaires de botanique et d'astronomie, des conseils moraux et jusqu'à des recettes de cuisine, entre une cascareleto réjouissante et un chapitre de la Bible, à côté d'un divin poème comme la Coumunioun di Sant et un chef- d'œuvre d'humour et d'observation, comme Lou Mège de Cu- cugnan: voilà YArmana prouvençau des premières années.

Cette première époque du Félibrige, son âge de forma- tion, est dominée par Roumanille. Encore casanière, la lit- térature naissante s'occupe surtout du présent. Quand elle regarde en arrière, elle ne chante que la seule Provence, catholique et grecque et deux fois romaine, des saintes Maries- de-la-Mer et de la Vénus d'Arles, des papes d'Avignon et de Marins, vainqueur des barbares. Cette période se termine avec l'apparition de Mirèio (Mireille; 1859).

On connaît les pages enthousiasmées des Entretiens de Lamartine, qui saluèrent l'avènement de Mirèio. Du coup, Mistral était célèbre, et tous les regards se tournaient vers la jeune littérature d'où était sorti le chef-d'œuvre. Le Féli- brige entrait dans sa période d'affirmation. En sept ans, ce fut une rare eflBorescence de talents nouveaux: Théodore Aubanel, le profond passionné, le peintre au coloris puissant do la Mióugrano etitre-duberto (Grenade entr'ouverte ; 1861), un Intermezzo chrétien; Anselme Mathieu, dont la Faran- doulo (Farandole) ressuscitait l'âme amoureuse, insouciante et fine des anciens troubadours; Louis Roumieux, avec sa comédie: Quaii vdu prendre dos lèbre . , . (Qui veut prendre deux lièvres), premier symptôme d'un théâtre provençal épuré des épices traditionnelles. Après eux, Fr. Vidal, qui, par son Tambourin en claire prose aixoise, préludait à la résurrection de l'instru- ment national; le Salonais Ant.-BIaise Crousillat, le poète contemplatif de la Crau, il avait recueilli le miel classique de sa Bresco (Rayon de miel); trois félibresses: M"*d'Arbaud, dont tout le Comtat goûtait les Amouro de Bibas (Mûres des rives), M"* R.-A. Roumanille, l'héroïne des fêtes de Saintc-

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Introduction. vu

Anne-d'Apt (1862), première consécration populaire du Féli- brîge en Provence, et Antoinette de Beaucaire, à qui ses frères les poètes élevèrent un «tombeau» magnifique et .tou- chant pour abriter ses Béluga (Bluettes) posthumes; un Ir- landais conquis à la jeune Renaissance et devenu un de ses maîtres, William-Bonaparte Wyse, le trouvère nomade des Parpaiùun blu (Papillons bleus) et des Piado de la Princesse (Traces des pas de la Princesse), dont l'original esprit et la culture cosmopolite «élargit par delà les Alpilles natales» les horizons du Félibrige; d'autres encore qui apparurent au soleil fécond de ces années enthousiastes.

Rouraanille avait réuni en deux recueils ses Oubreto (Petites Œuvres) en prose et en vers (1859—64). Avec Mistral, il avait réédité Saboly, le premier aïeul vénéré des félibres, Tabbé Pavre, Hyacinthe Morel, puis les poésies éparses de quelques précurseurs comme ce bon Reboul qui leur avait fait connaître à Nîmes les délices du premier triomphe (1859). Enfin, Mistral donna son poème de Calendau (Calendal, déc. 1866), couvé sept ans comme Mireille et qui achevait de le consacrer poète national de la Provence. L'action de Calendau fut décisive sur les jeunes patriotes méridionaux pour lesquels il semblait écrit. La profondeur autochtone de sa poésie et sa fière éloquence au nom des revendications de la race faisaient présager une orientation nouvelle de la «Cause».

Dans cette période de son évolution, qui nous conduit jusqu'en 1876, le Félibrige ne se borna donc pas à une af- firmation littéraire. Un triple courant ethnique, scientifique et autonomiste s'y développa qui aboutit à une affirmation sociale. S'il n'avait fait présager d'abord qu'une littérature de chanteurs, le Félibrige démontra peu à peu la nécessité d'une éducation nationale plus conforme à l'histoire et aux traditions. Il en vint à prouver l'existence d'une race méri- dionale, entité aux parties solidaires, dont le cœur a toujours battu quelque part sur une des terres de sa domination. On les reconnaît à leur idiome fraternel de la langue d'oc. C'est

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vm Introduction.

à Mistral qu'il appartient d'avoir mis en lumière ce sentiment de la race plus puissant que les frontières politiques pour rapprocher ou éloigner les cœurs. Toute son œuvre en té- moigne depuis VOde aux Catalans (1861) jusqu'au Chant de la Coupe et au sirvente de La Comtesse et à ses strophes devant le bronze de Jasmin; son épopée de Calendau n'est qu'un hymne à la race, comme tous ses discours de Cùpoulié (Chef des félibres). Quelques-uns des cris du poète ont fait interpréter son particularisme en mauvaise part. Le mot de séparatisme a été prononcé. Mais Mistral, dès cette époque, avait répondu d'avance à toutes les suspicions malveillantes:

Sian de la grande Franco, e ni court ni coustié!

D'autres tendances sont venues se greffer sur les siennes, les horizons s'étant multipliés avec les hommes. En 1860, un poète de Figueras, Damaso Calvet, venait raconter aux félibres la restauration solennelle des Jeux floraux de Barcelone. Mistral, dans VArmana^ ne tardait pas à exposer le côté mystérieux de ce réveil de la langue d'oc dans ses diverses branches et à saluer les Catalans d'un poème superbe qui rappelait la commune grandeur historique des deux peuples. Peu après, un proscrit espagnol, Victor Balaguer, datait de Narbonne un appel poétique il demandait l'amitié des Provençaux pour la jeune Catalogne. On le reçut en triomphe; le souvenir de la triple fête donnée par Bonaparte Wyse à Font-Ségugne, Yaucluse et Avignon, et à laquelle prirent part quatre écrivains de Barcelone ; le voyage que bientôt les fé- libres Mistral, P. Meyer, Roumieux et Wyse firent en Catalogne préparèrent une définitive alliance qui fut scellée à Saint- Remy en 1869. Le Félibrige avait passé le Rhône, propagé par Roumieux et Albert Arnavielle, un boute-en-train et un apôtre. Il eut bientôt des affiliés jusqu'à Toulouse et en Gascogne. La jeune littérature, qui depuis Mireille avait la sanction de tous les amis du beau, provoqua la création à Montpellier d'une Société des langues romanes qui la justifia scientifiquement. Son premier fauteur, le baron Ch. de Tour-

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Introduction. ix

ioulon, comme historien de Jacques le Conquérant, les philo- logues Boucherie et Montel, et les deux futurs maîtres du provençalisme en France, Camille Chabaneau (principal ré- dacteur de la Bévue des langues romanes^ créé en 1870) et Paul Meyer (fondateur, avec M. Gaston Paris, de la Romania^ Paris, 1872) et avec eux, d'autres glossateurs et éditeurs des anciens poètes, enfin Mistral lui-même, par la publication successive de son Trésor du Félibrige, l'admirable encyclopédie des dialectes d'oc, rattachèrent la littérature nouvelle à la tradition romane.

Du jour Catalans et Provençaux avaient fraternisé, r«idée latine» était apparue aux félibres. Elle allait s'affirmer dans une manifestation internationale. M. de Berluc-Pérussis avait fait naître de son «Académie des sonnettistes» le cente- naire de Pétrarque à Avignon. Aidé de MM. Quillibert, d'Aix, et Doncieux, préfet de Vaucluse, il donna à la fête une ex- tension inattendue. A côté du français, de l'italien et du catalan, le provençal témoigna pour la première fois de sa dignité d'idiome vivant. MM. Mézières, Nigra, Conti et de Quintana furent entendus tour à tour avec Aubanel, Félix Gras, Mistral. Les quatre langues latines, qu'avait également connues Pétrarque, s'associaient pour son triomphe (1874). L'année suivante, la Société romane ayant ouvert à Mont- pellier un grand concours philologique et littéraire, l'Institut de France apportait au Félibrige sa première adhésion: Mistral le présidait avec Egger, assisté de Mila y Fontanals, Michel Bréal et G. Paris. Ce dernier, frappé de l'inter- prétation sociale que cet événement provoquait à l'étranger, écrivait dans le Journal des Débats: «Des politiques à courte vue peuvent seuls négliger de pareils symptômes. Il y a dans l'histoire bien des événements considérables qui ont eu une origine analogue».

Nous avions laissé en 1867 le développement littéraire du Félibrige, pour l'exposé de ses manifestations extérieures. Dès que la renaissance provençale eut pénétré en Languedoc, elle y propagea l'incendie. L'ardent Albert Arnavielle,

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X IliTRODUCTION.

d'Alais, éveillait les Cévennes avec ses Cants de VAuho (Chants de l'Aube), de noble et tendre inspiration; Roumieux, populaire de Beaucaire à Nîmes, réhabilitait la chanson provençale dans son recueil de la Bampélado (Rappel); Lucien Mengaud et Paul Barbe, à Toulouse, le conteur Chastanet en Périgord, le lyrique et savant Gabriel Azaïs à Béziers , le fabuliste Castela à Montauban , sur- tout Achille Mir, le Roumanille de Carcassonne, fin chan- sonnier et savoureux humoriste en prose, entretenaient le culte du parler natal, tandis que Montpellier, la vieille capi- tale scientifique, révélait les Octavien Bringuier (1830 75), dont la Prouvença (Provence) et le Boumiéu (Pèlerin) pro- mettaient le plus fier essor classique et patriote, et Langlade (né en 1823), le grand peintre idyllique des landes palesti- niennes du Bas-Languedoc. En Provence, la même période voyait naître d'innombrables chanteurs. Mentionnons briève- ment Alphonse Michel, un Béranger champêtre, l'auteur du Flasquet (Flacon); R. Marcellin et L. Qeofifroy, les délicats rêveurs de Long ddu Camin (Le long du Chemin) et de Mei Veiado (Mes Veillées); puis un fabuliste, un noëlliste et un sonnettiste du temps des troubaïreSy Bourrelly, Lambert et Gaut . . . Mais c'est parmi les nouvelles recrues de YArmana qu'apparaissent les plus artistes. Paul Arène y fait ses dé- buts littéraires avec un chapelet d'odelettes, luisantes de rayons de soleil. Alph. Daudet y donne, en provençal, ses premières Lettres de mon Moulin. Léon de Berluc-Pérussis, qui apporte au Félibrige son érudition d'humaniste et ses idées sur la décentralisation, prélude à ses précieux sonnets, mi-partis de grâce et d'humour. D'autres talents les avoisi- nent : Pierre Mazière, Marins Girard, Jean Monné et Auguste Verdot, mort avant moisson faite.

Mais voici surgir, avec une épopée en 12 chants, Li Carbounié (Les Charbonniers) de Félix Gras, cette révélation majeure: que la génération de Font-Ségugne n'a pas épuisé le fonds créateur et natif. Quelques mois plus tôt. Mistral avait réuni le recueil de ses œuvres lyriques en un livre

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Introduction. xi

magistral : Lis Isclo d^or (Les îles d'or), il s'affirmait chef d'une littérature et représentant d'un peuple.

Le 21 mai 1876, le Félibrige, désireux de resserrer et d'élargir ses rangs, s'aesembla pour se reconstituer. Cinquante- quatre de ses membres, étant réunis dans la grande salle des Templiers d'Avignon, sous la présidence de Mistral, as- sisté du poète catalan Albert de Quintana, votèrent le Statut qui régit désormais la société. C'est en une vaste confédéra- tion littéraire de patriotes provinciaux, dont le territoire cor- respond au glorieux Midi du xii^ siècle, que s'était constitué le Félibrige, Formé et affirmé depuis vingt-deux-ans, il lui restait à s'organiser^).

') Voici quelques extraits d'une traduction des statuts de 1876:

Art. 1. Le Félibrige a pour but de réunir et stimuler les hom- mes qui, par leurs œuvres, sauvent la langue du pays d'Oc, ainsi qne les savants et les artistes qui étudient et travaillent dans l'intérêt de ce pays.

Art. 3. Une étoile à sept rayons est le symbole du Félibrige, en mémoire des sept Félibres qui Vont fondé à Fontségugne ...

Art. 4. Les Félibres se divisent en majoraux et mainteneurs: ils se relient par les Maintenances, qui correspondent à un grand dialecte de la langue d'oc. Les Maintenances se divisent en l' cotes.

Art. 5. Les Félibres majoraux sont choisis parmi ceux qui ont le plus contribué à la Renaissance du Gai-Savoir. Ils sont au nombre de cinquante et leur réunion porte le nom de Consistoire Félihréen,

Art. 8. Le Bureau du Consistoire se compose du Capoulié, des Assesseurs et des S^^ndics, ainsi que du Chancelier et du Vice- Chancelier,

Le Capoulié préside les assemblées générales du Félibrige, les réunions consistoriales et le bureau du Consistoire.

Les Assesseurs remplacent le Capoulié empêché . . .

Il y a autant d'Assesseurs que de Maintenances, et chaque Mainte- nance a aussi un Syndic chargé de l'administrer.

Le Chancelier garde les archives, tient la correspondance et perçoit la cotisation des félibres Majoraux.

Art. 9. Le bureau est élu pour trois ans dans la séance consis- toriale de Sainte-Estelle. Le vote a lieu au scrutin secret Les Majo- raux absents peuvent voter par correspondance pourvu que leurs bulle- tins soient signés.

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XII Introduction.

L'autorité de la Loi nouvelle fayorisa singulièrement les tendances sociales dont nous connaissons les origines. De

Le Capoulié est nommé par les Maj oraux, mais c'est loi seul qui nomme le Chancelier et le Vice-Chancelier.

Les Assesseurs et les Syndics sont nommés par les Majoraux de leur Maintenance.

Le Capoulié sortant proclame le nouveau bureau à la réunion de Sainte-Estelle.

Art. 10. Le Consistoire peut modifier les statuts sur la demande écrite de sept iélibres. Il peut exclure les indignes. Il peut dissoudre les Écoles qui violent les statuts. Il peut casser les décisions des Maintenances. Il peut se prononcer sur les questions grammaticales ou orthographiques.

Art. 15. Dans les félibrées le Capoulié a pour insigne V Étoile <ror à sept rayons et les Majoraux la Cigale à* or.

Art. 16. - Chaque Cigale recevra du Consistoire un nom parti- culier qu'elle gardera à perpétuité.

Art. 17. Les Félibres mainteneurs sont en nombre illimité.

Art. 18. Ceux qui voudront posséder ce titre devront s'adresser au bureau de la Maintenance de laquelle dépend le dialecte natal.

Le bureau accepte ou repousse la demande; dans le premier cas elle est transmise au Capoulié.

Si celui-ci donne un avis favorable, la demande est de nouveau soumise au bureau de la Maintenance, qui se prononce en dernier ressort.

Art. 21. On entend par Maintenance la réunion des félibres d'un grand dialecte de notre langue d'oc.

Art. 22. Le bureau de la Maintenance se compose du syndic, de deux ou trois vice-syndics, des cabiscols de la Maintenance et d'un secrétaire.

Le Syndic préside les assemblées de la Maintenance. - En cas d'empêchement, il est remplacé par le Vice-Syndic qu'il désigne, et à défaut de désignation par le plus âgé.

Les Cabiscols administrent les Écoles.

Le Secrétaire tient les archives et la correspondance. Il perçoit la cotisation des félibres mainteneurs.

Art. 24. La Maintenance peut créer des Écoles en se conformant aux articles 28 et 29. Elle nomme les félibres mainteneurs conformément à l'article 18. Elle peut célébrer des fêtes littéraires ou artistiques, ainsi que des Jeux Floraux, soit d'elle-même, soit en se concertant avec des Sociétés ou avec des villes. Elle règle la disposition de ses revenus.

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Introduction. xin

solennelles Fêtes latines furent célébrées à Montpellier en 1878. ^inspirateur en était A. de Quintana, le président

Art. 28. L'École est la réunion des félibres d'une même région. Elle a pour but l'émulation, l'enseignement des uns aux autres ou la collaboration à des travaux communs.

L'École est constituée par décision de Maintenance sur la de- mande de sept félibres habitant le même centre.

Art. '29. Les Félibres qui veulent créer une École font eux- mêmes leur règlement tout en se conformant à l'esprit des Statuts et à l'obligation prescrite par l'article 7; ils le transmettent par écrit en même temps que leur demande au bureau de la Maintenance et ne peu- vent, sans l'autorisation de celle-ci, modifier leur règlement.

Art. 30. L'École élit elle-même son bureau dont le Président porte le titre de Cahiscol et fait partie du bureau de la Maintenance comme il est dit à l'article 22.

Chaque année , à la réunion de la Maintenance , le Cabiscol fait un rapport sur les travaux et les progrès de son École.

Art. 36. Chaque Maintenance tient une fois par an une assem- blée qui se réunit en septembre ou octobre dans la ville désignée par son bureau. Cette réunion n'est pas publique et se tient à table. On y traite les affaires spéciales à la Maintenance.

Le Syndic peut convoquer, s'il le juge nécessaire, d'autres assem- blées de Maintenance. Il réunit le bureau de la Maintenance quand il le croit utile, il choisit de même le jour et le lieu de la réunion.

Art. 37. Enfin les Écoles choisissent elles-mêmes, à leur gré, leurs jours de réunion. Les membres des Écoles doivent félihrégir (felibreja), c'est-à-dire se réunir de temps à autre à table pour se com- muniquer leurs créations nouvelles et s'encourager à la propagation du Félibrige. Ces réunions se nomment Félibrées et sont de tradition dans le monde félibréen.

Art. 45. ~ Les Concours littéraires, que nous appelons Jeux Flo- raux, sont de deux sortes: les Grands Jeux Floraux du Félibrige et les Jeux Floraux de maintenance.

Art. 46. Les Jeux Floraux du Félibrige ont lieu tous les sept ans à la Sainte Estelle. Le Consistoire entier forme le jury.

Seuls peuvent concourir les écrivains en langue d'oc.

ïrois récompenses au plus sont mises au concours.

La première est réservée au Gai Savoir; c'est le Capoulié lui- même, en assemblée plénière, qui proclame le nom du lauréat.

Le lauréat devra choisir lui-même la Reine de la fête^ et celle-ci, devant tous, lui mettra sur la tête la couronne d'olivier en argent, in- signe des maîtres en Gai Savoir.

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XIV IWTRODUCTIO».

Mistral, et le lauréat Vasile Alecsandri, poète national des Roumains (f 1890), qui fut un ami fervent du Pélibrige. L'organisateur de ces fêtes, le baron de Tourtoulon, fondait peu après la Sevue du Monde latin (1883). Les rapports fraternels de Catalans à Provençaux s'affirmaient de nouveau en des hommages rendus à Paris et à Montpellier (1885 86) aux poètes Balaguer et Jacinto Yerdaguer, les deux plus hauts représentants de la renaissance catalane. Une députa- tion de Languedociens prenait part (1887) aux Jeux floraux de Barcelone, présidés par la reine régente et pélerinait aux Baléares. La Société des Félibres de Paris ^fondée en 1879 par MM. Maurice Faure, Baudouin et de Ricard, dédoublée, en 1892, par U école Parisienne du félihrige^ présidée par M. Amouretti) continuait la tradition en faisant présider ses grandes assises, depuis 1883, par les plus célèbres partisans de la fraternité latine: Aubanel, Mistral, Balaguer, Castelar, Alecsandri, Ruys Zorilla et Jules Simon. Enfin, en 1890, une ambassade était envoyée par le Pélibrige en Italie, aux fêtes provoquées par M. de Gubernatis pour le centenaire de Béatrix, et reçue avec honneur par le municipe florentin.

Tandis que les Félibres se multipliaient en Languedoc, à la faveur du romanisme scientifique et de l'idée latine, quelques-uns d'entre eux s'y distinguaient par un accent in- attendu. Inspirée par un grand écrivain protestant. Napoléon Peyrat, le Michelet des Albigeois et de Vlnquisition^ la petite secte se réclamait des libertés de la pensée romane, comme de la langue des troubadours. Un poète, Auguste Fourès, et un théoricien Louis-Xavier de Ricard, l'auteur du Fédé- ralisme^ furent les porte-parole du cénacle, déjà très éloigné de l'école catholique d'Avignon. Sans continuer les traditions joyeuses et populaires du premier Félibrige, maintenues en Languedoc par Roumieux, Arnavielle et Langlade, ceux-là entonnèrent des sirventes de deuil et de sang. «Toute Re- naissance suppose une mort, un martyr qui se réveille dans son tombeau. Or cette grande et sainte martyre, c'est l'Aqui- taine», avait dit Napoléon Peyrat. Après sa magistrale épopée

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en prose, plus éloquente que scientifique, l'idéal nouveau devait susciter des œuvres vaillantes comme les Grilhs (Gril- lons) de Pourès et Toloza (Toulouse), la geste provençale de Félix Qras. Mais ces jeunes Languedociens ne bornaient pas à cet archaïsme leurs innovations. Quelques-uns d'entre eux se proclamaient républicains fédéralistes, et rassemblaient tous les adeptes provençaux, italiens et catalans de ces idées, dans un almanach littéraire et radical qui fit grand bruit, La Lauseto (L'Alouette) (1877—78—79 et 1885). L'avant-garde marseillaise et socialiste du Félibrige devait les suivre dans la voie du fédéralisme, avec Jean Lombard, l'auteur de C Agonie (t 1891), le député Antide